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jeudi, 10 juin 2010

CinéCrissou : Genova de Michael Winterbottom

Suite à la mort de sa femme, Joe déménage à Gênes avec ses 2 filles pour enseigner à l’université. Chacun essaie de trouver sa place dans ce nouvel environnement. La plus jeune, responsable du tragique accident, continue de culpabiliser. Fascinée par les églises, elle y dialogue avec sa maman. Sa sœur, attirée par les garçons, prend ses distances vis-à-vis de sa sœur. Joe est omniprésent auprès de ses filles mais la communication reste difficile.

Après une licence des Lettres obtenue à Oxford, Michael Winterbottom se tourne vers le cinéma. Il réalise un documentaire très remarqué sur Ingmar Bergman en 1988. Depuis, il enchaîne les films et les genres.


Suite à un séjour dans la ville italienne de Gênes, le réalisateur britannique désire y tourner un film. Il voulait évoquer l’arrivée d’une famille américaine en Europe. Pour rendre le plus crédible possible son propos, il décide de tourner avec un acteur britannique dans le rôle du père et deux jeunes actrices américaines pour le rôle des filles.

Ne se reposant jamais sur ses acquis, Michael Winterbottom revient avec un drame très sobre. Genova évoque le sujet difficile du deuil familial dans un contexte de déracinement pour les enfants. Le récit est traité avec justesse et donne une vraie crédibilité aux douleurs intérieures des personnages, rythmé par des dialogues très (trop ?) minimalistes.

Cependant, la mise en scène reste trop hermétique pour se sentir concerné par l’histoire avec tous ces non-dits. Impliquée comme un personnage à part entière, la ville de Gênes, et ses anciens quartiers, renforce ce caractère froid et peu chaleureux à l’écran. Un film mineur dans la filmographie du cinéaste, qui a au moins le mérite de remettre constamment son cinéma en question.

À Retenir : un jeu qui tourne mal en voiture, un quartier en forme de labyrinthe, des leçons de piano peu emballantes, des nuits très agitées et un fantôme très présent.
Note : 5/10

mardi, 08 juin 2010

CinéCrissou : Amerrika de Cherien Dabis

Au cœur de la Cisjordanie, Mouna vit avec seule avec son fils depuis son divorce. Le quotidien de cette mère palestinienne est assez morose et éprouvant jusqu’au jour où elle obtient l’autorisation de séjourner aux Etats-Unis. Elle décide alors de rejoindre avec son fils, tout heureux de découvrir l’Amérique, sa sœur installée dans l’Illinois depuis plus de 15 ans. À peine arrivés, ils vont devoir trouver leur place dans le contexte de la guerre menée en Irak.

Née de parents palestino-jordaniens immigrés aux Etats-Unis, Cherien Dabis est diplômée en communication. Son goût pour l’écriture la pousse à rédiger un 1er scénario puis de rejoindre l’équipe de scénaristes de la série The L Word en 2006.


Le scénario d’Amerrika a été sélectionné en 2005 par le Sundance Middle East Screenwriter’s Lab. Le film entre en phase de production dès la fin 2007. Ce premier film de Cherien Dabis se retrouve sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes 2009 et y remporte le prix de la critique.

Pour son premier film, la réalisatrice s’inspire largement de la propre histoire de sa famille. Ce vécu familial lui permet d’éviter de tomber dans la caricature sur les sujets délicats évoqués dans cette chronique familiale. Plusieurs sujets sociaux tels que le racisme latent, l’immigration aux Etats-Unis, la recherche d’un emploi sont traités avec justesse et humanité.

Emmenée avec brio par l’actrice Nisreen Faour, Amerrika sonne tout simplement comme une première réussite pour la jeune réalisatrice Cherien Dabis. Sans jamais chercher l’effet de style, elle dépeint une certaine Amérique avec une profonde touche d’humour, d’humanité et de sobriété. In fine, au travers de certains de ses personnages, elle croit encore au réveil américain !

À Retenir : un retour à la maison très militarisé, un job peut en cacher un autre, des économies qui ne résistent pas au voyage, un médecin victime de Saddam et un ado qui ne se fait pas que des amis.
Note : 7/10

jeudi, 03 juin 2010

CinéCrissou : In The Electric Mist de Bertrand Tavernier

Un tueur en série s’attaque à de jeunes femmes à New Iberia en Louisiane. Le détective Dave Robicheaux mène l’enquête qui va l’amener à rencontrer Elrod Sykes, jeune star hollywoodienne. Il participe au tournage d’un film produit par la pire crapule locale, Baby Feet Balboni. Lors d’un de ses témoignages, Elrod explique avoir découvert le corps décomposé d’un homme noir enchaîné. Cette révélation fait remonter des souvenirs dans l’esprit de David.

Né en 1941 à Lyon, Bertrand Tavernier réalise son premier long métrage en 1973, dans sa ville natale. Son cinéma alterne le film d’époque et le film de société. Ses films récents sont Ca Commence Aujourd’hui (1999), Laissez-Passer (2003) et Holy Lola (2004).


Pour la première fois, Bertrand Tavernier tourne une fiction aux Etats-Unis malgré un financement français. Cependant, le film n’a pas été exploité en salle aux Etats-Unis, les producteurs américains l’ont sorti directement en DVD. Plusieurs personnes ont participé à l’adaptation du roman de James Lee Burke dont Tommy Lee Jones, acteur principal du film.

Passionné par l’écrivain James Lee Burke, le réalisateur français s’attaque à un thriller à la structure ultra-classique. Heureusement, il donne la priorité à son unité de lieu, l’ambiance humide de la Louisiane. Par rapport au roman, il situe sa narration juste après le passage de l’ouragan Katrina. Ce choix permet de donner à son polar un ton très actuel dans une région ancrée par un passé trop chargé par la guerre de Sécession.

Ce paradoxe temporel permet à Bertrand Tavernier de mettre en place un film à tiroirs où se croisent soldats confédérés, chasseurs racistes et mafieux sans scrupules. In The Electric Mist n’a vraiment rien de révolutionnaire dans son intrigue du serial killer. Cependant, le Français réussit à se démarquer complètement grâce à une mise en scène unique et dense, à un tel point que de temps en temps, il réussit à nous faire oublier le pitch initial de son adaptation.

À Retenir : une star très portée sur l’alcool, l’humidité de la Louisiane, un escroc qui aime le baseball, de vieux démons du passé et une virée en bateau orageuse.
Note : 8/10

vendredi, 28 mai 2010

CinéCrissou : Inglourious Basterds de Quentin Tarantino

Cachée par une famille française, Shosanna assiste impuissante au massacre des siens par le colonel nazi Hans Landa. Au même moment dans cette France occupée, le lieutenant Aldo Raine forme des soldats surnommés «les bâtards», qui vont mener des actions punitives sanglantes contre l’occupant. Ce commando va se joindre aux services secrets pour tenter d’éliminer les hauts responsables du 3ème Reich dans un cinéma… où Soshanna y prépare également une vengeance très personnelle.

Après avoir vendu ses deux premiers scénarios, Quentin Tarantino réalise son 1er métrage en 1992 avec Reservoir Dogs. Il connait la consécration à Cannes avec Pulp Fiction en 1994. Il enchaîne ensuite avec Jackie Brown (1998), Kill Bill (2003-2004) et Death Proof (2007).


Le réalisateur américain a commencé à écrire le scénario d’Inglourious Basterds en 1999. Au départ, Quentin voulait mettre sur pied une mini série de douze épisodes mais Luc Besson lui a conseillé d’en faire un long métrage. Le film a été présenté en compétition au festival de Cannes 2009 et l’acteur Christoph Waltz a remporté le prix de l’interprétation masculine.

En homme malicieux, Quentin Tarantino évite tous les poncifs du cinéma liés à la seconde guerre mondiale en rendant hommage à un autre genre, celui du western spaghetti. En scène d’ouverture, il balance un affrontement d’homme à homme qui va supprimer toute limite à ses fameux bâtards. Résultat, ce commando opère tel un électron libre pour des aventures qui semblent souvent très éloignées d’une France occupée.

Quentin Tarantino poursuit son cinéma hommage aux genres tout en osant ce que personne n’aurait même imaginé. Il joue aux cowboys et aux indiens sur terrain nazi avec son cinéma très pop. En dehors du traitement très libre de l’histoire de la seconde guerre, l’Américain devient prévisible dans ses intentions et dans son travail sur l’image. Heureusement, quelques répliques vont devenir des classiques… comme à chacun de ses films !

À Retenir : un accent italien à couper au couteau, «kill the nazis», un colonel nazi cynique, un bar trop fréquenté et «I want my scalps».
Note : 7/10

mardi, 18 mai 2010

CinéCrissou : Los Abrazos Rotos de Pedro Almodovar

Harry Cain profite de tous les sens de la vie malgré sa cécité complète. Soutenu dans son travail par sa directrice de production Judit Garcia et du fils de celle-ci, cet écrivain de renom traîne derrière lui de nombreux souvenirs douloureux. Ancien réalisateur connu sous le nom de Mateo Blanco, il perdit non seulement la vue dans un terrible accident de voiture mais aussi Lena, la femme de sa vie, 14 ans plus tôt. Un jour, Judit décide de réveiller les souvenirs...

Fer de lance du cinéma espagnol, Pedro Almodovar possède un C.V. très fourni. Tel un métronome, il a présenté dernièrement un film tous les deux ans dont Volver (2006), La Mala Educacion (2004), Hable Con Ella (2002) et Todo Sobre Mi Madre (1999).


Avec son nouveau film, Pedro Almodovar rend un vibrant hommage au cinéma. D’ailleurs, son personnage principal y tourne une comédie librement inspirée de son film Femmes Au Bord De La Crise De Nerfs, sorti en 1988. Los Abrazos Rotos était en compétition officielle au festival de Cannes de 2009.

Avec déjà plus de quinze films à son actif, Pedro Almodovar évoque dans ce nouveau drame tout l’amour qu’il porte au cinéma. En toute logique, le réalisateur espagnol utilise la structure du film dans le film pour développer ce qui est sa raison de vivre. Emmenée par sa désormais fidèle Penelope Cruz, Los Abrazos Rotos oscille entre le drame, la comédie et même le thriller.

Malheureusement, Pedro Almodovar n’a pas su éviter le piège que lui tendait sa passion pour le 7ème art. Sa nouvelle réalisation semble très hermétique et devient même ennuyeuse lorsque Penelope Cruz s’éclipse du grand écran. L’Espagnol déçoit complètement lorsqu’il pastiche narcissiquement un de ses propres succès. Peu importe l'éloquence de sa filmographie, il ne suffit pas de parler cinéma, même sincèrement, pour éblouir son public !

À Retenir : un mari légèrement jaloux, un rond-point design, une lecture très coquine, un fiston aussi fêlé que son père et un Chicas y Maletas à l’ambiance très colorée.
Note : 5/10